23 jan 2021
Chansy Upravan
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Empathie

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Humaniser nos sociétés
Ce n’est que par la redécouverte de l’espace du bien-vivre, qu’Ivan Illich appelait La Convivialité, que les sociétés s’humaniseront.

Ivan Illich avait fait une analyse critique de nos sociétés industrielles avec ce qui nous faisait avancer vers la destruction de l’homme et de l’environnement : le productivisme, le culte de la croissance, l’apologie de la consommation, et toutes les formes d'aliénation.

« Il nous faut reconnaître que l’esclavage humain n’a pas été aboli par la machine, mais en a reçu figure nouvelle. Car, passé un certain seuil, l’outil, de serviteur, devient despote. (…) J’appelle société conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil. »

 

►La Convivialité décrit nos sociétés organisées sur le pouvoir de décision délégué à nos institutions, avec des consommateurs passifs qui renoncent à assumer la responsabilité des orientations.

Ce penseur, qui nous a quittés en 2002, a cherché à éclairer les citoyens afin qu’ils se réapproprient leur destin, en les invitant : ~ à s’ouvrir "aux autres" et au dialogue social, ~ et à s’interroger sur leur course au toujours plus, de façon à donner moins d’importance aux seules possessions matérielles.

« Seul l'apprentissage de la convivialité permettra, par la rencontre et l'échange, de renouer les fils de la communauté et de lui redonner la maîtrise de son avenir et de ses choix. (…) »

« On comprend qu’une autre société est possible quand on parvient à l’exprimer clairement. On provoque son apparition quand on découvre le procédé par lequel la société présente prend ses décisions. (…) »

« Ce qui m’intéresse n’est pas l’opposition entre une classe d’hommes exploités et une autre classe propriétaire des outils, mais l’opposition qui se place d’abord entre l’homme et la structure technique de l’outil, ensuite – et par voie de conséquence – entre l’homme et des professions dont l’intérêt consiste à maintenir cette structure technique. (…) »

« À de rares exceptions près, les lois et les corps législatifs, les tribunaux et les jugements, les plaignants et leurs requêtes, sont profondément pervertis par l’accord unanime et écrasant qui accepte sans murmure le mode industriel de production et ses slogans : toujours plus, c’est toujours mieux. (…) »

« Je crois que la croissance s’arrêtera d’elle-même. La paralysie synergétique des systèmes nourriciers provoquera l’effondrement général du mode industriel de production. (…) »

« En un temps très court, la population perdra confiance, non seulement dans les institutions dominantes, mais aussi dans les gestionnaires de la crise. Le pouvoir qu’ont ces institutions de définir des valeurs (l’éducation, la vitesse, la santé, le bien-être, l’information, etc.) s’évanouira soudainement quand sera reconnu son caractère d’illusion. (…) »

« Un événement imprévisible et probablement mineur servira de détonateur à la crise, comme la panique de Wall Street a précipité la Grande Dépression. Une coïncidence fortuite rendra manifeste la contradiction structurelle entre les fins officielles de nos institutions et leurs véritables résultats. Ce qui est déjà évident pour quelques-uns sautera tout à coup aux yeux du grand nombre : l’organisation de l’économie tout entière en vue du mieux-être est l’obstacle majeur au bien-être. (…). L’angoisse me ronge quand je vois que notre seul pouvoir pour endiguer le flot mortel tient dans le mot et, plus exactement, dans le verbe, venu à nous et trouvé dans notre histoire. Seul, dans sa fragilité, le verbe peut rassembler la foule des hommes pour que le déferlement de la violence se transforme en reconstruction conviviale. (…) »

 

Même si certains des propos d’Ivan Illich peuvent nous apparaître excessifs, la clairvoyance de cet auteur est mise en lumière avec la crise sanitaire mondiale qui pointe du doigt les limites et les failles systémiques de nos sociétés.

Malgré la montée en puissance des dissensions humaines devant la Covid-19 qui entache la confiance envers les institutions et les personnes, il serait bien sûr irresponsable de précipiter « l’effondrement général du mode industriel de production ». Nous devons avant tout entendre que les transformations dans nos modes de vie ne s’opéreront qu’au fur et à mesure de l’évolution de nos représentations sur le domaine du travail, avec ses emplois existants.

De plus, l’équilibre de notre écosystème est subordonné aux volontés et aux motivations de chacun afin de décider des actions à mettre en place. Or, nous devons faire face, à une métamorphose sociétale reliée au monde et aux capacités du plus grand nombre, de manière à changer de paradigme et modifier en profondeur les valeurs qui nous animent.

Cette conjoncture n’est pas facile à affronter car la question se pose sur la façon de penser et d’agir, sans compter que les évènements entraînent des peurs irraisonnées.

Le manque de visibilité ne nous donne pas d’autre choix que de nous réveiller. C’est un challenge à relever que d’aborder les Sciences Humaines et Sociales avec un regard qui repose sur un nouveau fondement défini.

La démarche est motivante et loin d’être perdue grâce aux nombreux(ses) citoyen(ne)s ouvert(e)s sur le monde, sensibles aux êtres vivants et au respect de la planète Terre, et qui plaident déjà pour une reconnaissance de la capacité, individuelle et collective, à penser et à agir. Nous avons donc les moyens de rebondir en approchant les mutations sociétales par les multiples propositions alternatives en cours et à venir.

Dans ce contexte, aux côtés des générations plus jeunes, Oui Ensemble souhaite apporter une pierre à l’édifice du défi sociétal, environnemental et climatique, au travers d’un modèle économique et organisationnel conçu dans l'économie positive : ~ sur un cheminement humain inclusif novateur, ~ et sur un montage financier qui n'est pas une fin en soi mais un moyen qui sert des valeurs altruistes et éthiques.

En effet, mis à part que nous sommes déterminés à ce que ►nos vies finissent rangées dans une valise le plus tard possible, au-delà de la problématique de la pandémie, ►nos soignants français en burn-out ont allumé un clignotant inquiétant. En conséquence, nous ne baisserons pas les bras, parce que le "Maintien de l’équilibre et de la bonne santé" est fondamental dans une société.